Sorti en 2009 au Seuil dans la collection la République des idées dirigée par Pierre Rosanvallon, Le principe de prévention bat en brèche les politiques de prévention actuellement menées, en mettant en évidence toutes leurs dérives.

Dans une société où le risque est partout, la prévention érigée en principe a pour ambition de conjurer les risques de l’existence et de pacifier le futur et le monde qui nous entoure. Elle se repose sur un homo medicus, un homme idéal, calculateur, autonome et rationnel, soucieux d’optimiser ses conduites afin de préserver son espérance de vie. Il s’agit d’un modèle où chaque individu est incité à se conformer aux modes de vie prescrits.

Cette vision souffre, selon les auteurs, de multiples paradoxes et maux. D’abord, la prévention ambitionne d’éradiquer les risques alors qu’elle exclut le risque zéro. Ensuite, la prévention exhorte chacun à devenir entrepreneur de sa santé alors que le point de vue des experts est privilégié et délaisse la compréhension des conduites individuelles.

Par ailleurs, le fait qu’on valorise les bons comportements et les personnes qui les suivent a pour corrélat la stigmatisation de celles qui ne les suivent pas. Cette disqualification et ce classement moral des individus ont des effets bien délétères sur la population.

La tendance actuelle est aussi à la transformation des problèmes sociaux en problèmes médicaux. On pense tout de suite à l’obésité qui est de plus en plus souvent considérée comme une maladie grave. Cette médicalisation des problèmes ouvre un marché colossal pour la médecine (et le paramédical comme le coaching minceur, par exemple) mais aussi pour les industries pharmaceutiques, agroalimentaires (les alicaments) et médiatiques.

Selon le principe de prévention, la prise de risque s’inscrit dans un enchaînement mécaniste irréversible s’appuyant sur la thèse du mimétisme social (l’homme agit en compulsion), sur la thèse de l’escalade (une consommation en entraîne une autre) et sur celle de la maladie de la volonté (ex : les gros sont des paresseux). La prévention oublie donc des éléments essentiels comme l’existence de risques concurrents, les fonctions culturelles et sociales de la conduite à risque, le fait que les motivations du comportement sont socialement différenciées, les causes du déni du risque…

Les auteurs prônent donc la démédicalisation de la prévention, plus de démocratie sanitaire, de transparence, de respect des valeurs populaires. Ils exhortent également les préventeurs à rompre avec l’illusion de l’homo medicus et à s’attaquer véritablement aux inégalités sociales de santé.

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