GALICHET F., Lyon, Chronique Sociale, 2014, 229p.

L’émancipation désigne originellement l’acte juridique qui affranchissait l’esclave. Un acte de libération porté par le maître à l’égard de son sujet. Depuis ces temps antiques, le sens du mot s’est progressivement étendu devenant, par ce fait, plus abstrait.

Il correspond aujourd’hui à un processus de libération des dominations à accomplir par les individus. Il est porté généralement par les groupes affectés par des inégalités : femmes, ouvriers, allocataires sociaux, immigrés, minorités sexuelles, peuples colonisés…

Aujourd’hui, avec l’hégémonie de la nouvelle gestion (approche pragmatique des problèmes liée au rapport entre coût et efficacité économique), les dominations sont de moins en moins visibles, elles sont désormais diffuses et appellent à la mise en place de stratégies d’émancipation qui se distinguent de ses figures historiques.

Citant de nombreux philosophes de l’émancipation (Epictète, La Boétie, Kant, Stirner…), François Galichet revient dans un premier temps sur l’évolution du concept à travers les âges : de sa vision éthique (sortir de la passivité par l’exercice pour trouver la jouissance de soi), à la vision individualiste (se libérer de l’exploitation par la volonté pour accéder à l’autonomie) en passant par la vision universaliste (se défaire de l’illusion par la connaissance pour atteindre la vérité des choses).

Les logiques d’émancipation face aux oppressions actuelles et mises en œuvre spontanément sont limitées tant elles sont individuelles et fictives (référence à Hirschmann). Des auteurs comme Foucault (introspection), Bourdieu (dénaturalisation) ou Boltanski (les 5 critères de l’émancipation) nous aident à envisager des stratégies d’éducation émancipatrices qui répondent mieux aux formes de domination de notre époque.

Galichet inventorie trois modèles pédagogiques à visée émancipatrice dans lesquels se trouvent des clés pour répondre aux défis actuels :

Le modèle mimétique s’appuie sur l’esprit des Lumières et notamment sur les écrits de Condorcet à propos de l’instruction. L’éducation émancipatrice consiste à refaire un chemin déjà parcouru pour accéder à des évidences. Il s’agit de remettre à flot des personnes que les conditions sociales et culturelles ont exclues en activant des compétences et connaissances qui sont présentes à l’état de potentialités. 

Le modèle rationaliste rompt avec la logique binaire du modèle précédent : passer de l’ignorance au savoir. Ce modèle est basé sur l’égalité naturelle des intelligences que promeut Jacotot. Les dominations seront dépassées par la volonté des opprimés à refuser l’ascendance factice et intériorisée de l’intelligence des dominants. Le levier est la mise en place d’un contexte qui conduit à réfléchir, à exercer cette intelligence, à vérifier cette égalité. Cette pédagogie conscientisante est également le cheval de bataille de Paulo Freire. Ce dernier soutient que l’émancipation concerne aussi bien l’opprimé que l’oppresseur tout autant aliéné que celui qu’il opprime. C’est par l’échange et même la confrontation de connaissances reliées à des expériences du vécu que des savoirs supérieurs peuvent s’élaborer et œuvrer à une transformation sociale.

Pour expliciter le modèle analogique, l’auteur fait tout d’abord appel à l’empowerment, notion née aux Etats-Unis et qui trouve un pendant en France avec le concept de puissance sociale promu par le sociologue Christian Maurel. Il s’agit de processus de prise de pouvoir focalisé sur l’environnement proche. Il cite également l’Ecole du peuple de Célestin Freinet, pédagogue qui prônait des démarches coopératives et des apprentissages concrets dès le plus jeune âge visant la formation de citoyens capables d’intégrer et de transformer la société. Cette pédagogie sous-tend un tâtonnement expérimental et l’élaboration d’un dispositif qui oblige à réagir à certaines situations sans s’exposer aux risques de la réalité.

Enfin, l’alphabétisation sociale qui fait en quelque sorte la synthèse des modèles présentés est la philosophie d’action qui correspond le mieux au contexte actuel. Elle présuppose le fait que tout comme il existe un analphabétisme lié au langage, il y a un analphabétisme social qui affecte toutes les strates de nos sociétés et charrie de nombreuses souffrances psychiques. Il peut être défini comme une inaptitude à faire société. Les démarches d’alphabétisation sociale tendent à rendre conscients les problèmes de nos sociétés et à faire affleurer les capacités nécessaires pour les résoudre en s’appuyant sur le croisement de savoirs, ayant pour effet un croisement des pouvoirs.

En passant en revue nombre de concepts, Galichet propose un ouvrage court et bien ciselé, extrêmement riche et éclairant pour tout praticien de l’éducation populaire qui fait de l’émancipation le levier indispensable pour l’exercice de nos droits fondamentaux.

Vidéo de l’auteur explicitant une partie du contenu du livre

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