Le livre présente une enquête réalisée en France auprès des fumeurs en situation de précarité. L’auteur, le sociologue français Patrick Peretti-Watel, s’attache à répondre aux questions suivantes : pourquoi les pauvres fument-ils et pourquoi sont-ils plus imperméables aux politiques de lutte contre le tabagisme ? Son analyse repose notamment sur des données récoltées par l’INPES ces dernières années et lors d’entretiens.

En introduction, l’auteur revient brièvement sur le comportement tabagique au cours de l’histoire dans la société française. Introduit en Europe au XVIe siècle, le tabac s’est rapidement diffusé dans tous les milieux sociaux (il reste toutefois presque exclusivement masculin) même si la modalité d’usage diffère selon le milieu. Lors des deux siècles suivants, la manière de fumer et les produits du tabac changent avec l’invention de la cigarette mais l’homogénéité sociale des usagers demeure. Le XXe siècle marque une nouvelle étape dans l’homogénéisation des comportements tabagiques puisque les femmes fument aussi. Le tabac restera longtemps un symbole de mixité sociale.

Au cours des dernières années du XXe siècle, dans la plupart des pays développés, s’installe une différenciation sociale du tabagisme. Le niveau de vie influence désormais la pratique tabagique. On observe surtout une diminution de la consommation dans le haut de la hiérarchie sociale. Même si pour les plus pauvres le poste budgétaire que le tabac représente pèse plus lourd, ce sont paradoxalement eux qui fument le plus.

Enjeu de santé publique majeur de la toute fin de siècle, la lutte contre le tabagisme a surtout produit un impact sur les populations au niveau d’instruction le plus élevé. Les politiques de prévention ont été nettement moins efficaces auprès des populations précaires et ouvrières. En effet, ces dernières rencontrent plus de difficultés à arrêter de fumer ; l’augmentation du prix du tabac, un des leviers de cette politique, les mettant dans des situations encore plus difficiles. Entre 2000 et 2010, la prévalence du tabagisme chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures a baissé de 14% pour atteindre les 31%. Par contre chez les ouvriers, la proportion de fumeurs a augmenté pour arriver à 47% et à 55% chez les chômeurs.

Le chômage, la précarité du travail, l’isolement, les conditions de logement… sont des facteurs qui empêchent l’arrêt tabagique. La précarité induit un stress qui incite à fumer. La cigarette devient un remède indispensable pour le combattre. Certains travaux suggèrent que pour des fumeurs en situation de grande précarité, la cigarette peut être considérée comme un produit de première nécessité, car elle seule permet de tenir le coup.

Selon Peretti-Watel, pour mieux comprendre le tabagisme en milieu précaire, il faut le considérer comme une pratique sociale, une activité porteuse de sens et créatrice de lien social, dont les règles, les gestes, les contextes d’usage et les significations ont fait l’objet d’un apprentissage.

La stratégie préventive qui présente le tabagisme comme une pratique « anormale », incite à considérer les fumeurs comme déviants, à les exclure davantage. Pourtant, les fumeurs n’ignorent pas les messages préventifs ni même la stigmatisation qui y est associée. Cela ne les empêche pas de justifier leur pratique en avançant certains arguments rhétoriques : le scepticisme face aux experts ou aux médias (plus présent chez les précaires), l’association du risque aux gros fumeurs plutôt qu’à soi-même, la revendication de sa propre maîtrise du risque, sa relativisation (argument surtout cité par les plus pauvres), le caractère liberticide de la lutte anti-tabac…

Dans une perspective de lutte contre les inégalités sociales de santé, l’auteur soutient une reconsidération des stratégies de prévention à l’égard des populations en situation de précarité prônant des actions de proximité et la prise en compte des spécificités également positives des précaires. Il ne s’agit plus de les considérer comme des individus ignorant les risques mais comme des personnes ayant un regard critique sur les choses. Rompre le lien entre la précarité et la cigarette sera, en tout cas, très difficile. Afin de multiplier les leviers susceptibles de favoriser l’arrêt tabagique, penser les politiques publiques (logement, emploi, loisirs…) de manière décloisonnée serait sans aucun doute bénéfique.

 

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